Pleins feux sur l’arthrite juvénile idiopathique

L'arthrite juvénile idiopathique (AJI) est une forme d'arthrite inflammatoire chroniqueL’arthrite juvénile idiopathique (AJI) est une forme d’arthrite inflammatoire chronique qui touche les enfants de 16 ans et moins. Auparavant appelée arthrite rhumatoïde juvénile, l’AJI est l’une des affections chroniques les plus courantes chez les enfants (1 sur 1000).

On parle de maladie auto-immune lorsque le système immunitaire se dérègle et s’attaque aux tissus sains des différentes parties de l’organisme qu’il est sensé protéger, causant de l’inflammation et des dommages. Dans le cas de l’AJI, les articulations sont touchées par l’inflammation et deviennent raides, douloureuses et enflées. Certains enfants souffrent même d’inflammation de l’œil. Dans des manifestations graves de certaines sous-formes, le cœur ou les poumons peuvent être atteints.

L’AJI touche un peu plus souvent les filles que les garçons mais peut affecter des enfants de tous âges, du bambin à l’ado. Bien qu’on ne puisse guérir l’AJI, il existe des traitements efficaces pouvant prévenir les dommages permanents aux articulations, diminuer les risques d’invalidité et mener à une rémission.

Diagnostiquer l’arthrite juvénile idiopathique

Selon les critères de la Ligue internationale des associations pour la rhumatologie (ILAR), il existe sept sous-formes d’AJI :

  • Oligo-articulaire-la plus répandue. Un diagnostic qui frappera environ la moitié des enfants atteints d’AJI. Quatre articulations ou moins sont atteintes, généralement les genoux, les chevilles ou les poignets. Jusqu’à 20 % des enfants atteints souffriront d’uvéite (inflammation de l’œil).
  • Oligo-articulaire étendue-environ 30 % des enfants atteints d’AJI et dont moins de quatre articulations sont atteintes verront la maladie s’étendre à plusieurs articulations au cours de son évolution. C’est pourquoi on la qualifie d'” étendue “.
  • Polyarticulaire (facteur rhumatoïde positif et négatif)-cinq articulations ou plus sont affectées. Toute articulation peut être touchée et les manifestations sont généralement symétriques (la même articulation des deux côtés). Les enfants avec facteur rhumatoïde positif sont plus gravement affectés et de façon plus persistante par la forme polyarticulaire.
  • Enthésite apparentée-forme affectant plus généralement les enfants d’âge scolaire et les plus vieux, et plus souvent les garçons que les filles. Les grosses articulations comme les hanches, les genoux et les chevilles de même que le cou et le dos sont visées. Certains de ces enfants souffriront d’enthésite (inflammation des tendons et ligaments). Un faible pourcentage souffrira éventuellement de spondylarthrite ankylosante.
  • Psoriasique-les enfants peuvent souffrir d’arthrite et de psoriasis, ou d’arthrite avec des antécédents familiaux de psoriasis. Cette forme peut affecter toutes les articulations.
  • Systémique (généralisée)-forme la plus grave de la maladie. Elle affecte environ 10 % des enfants ayant reçu un diagnostic d’AJI. Les enfants atteints de la forme généralisée présentent des poussées de fièvre (souvent élevée), des éruptions cutanées, des articulations et même des organes enflés.

Au premier stade, les enfants atteints se plaignent le plus souvent de douleurs articulaires accompagnées d’enflure et de raideur. D’autres signes avant-coureurs peuvent se manifester au début de la maladie :

  • Changements dans la capacité de l’enfant à participer aux activités normales, comme les sports et les activités scolaires, à cause de la douleur articulaire
  • Irritabilité, coïncidant avec la douleur chez l’enfant
  • Refus de marcher, boitillement. Un enfant qui sait très bien marcher pourrait se remettre à ” ramper “

Parce que les premiers symptômes de l’AJI ressemblent à ceux de maladies infectieuses, de cancer, de problèmes osseux ou d’autres maladies inflammatoires, le médecin doit tout d’abord exclure ces possibilités.

En plus d’un examen physique complet et de l’investigation des antécédents familiaux, le médecin peut demander une batterie de tests afin d’exclure toute autre possibilité et confirmer le diagnostic. Toutefois, aucune analyse sanguine ne peut confirmer le diagnostic d’AJI.

Traiter l’arthrite juvénile idiopathique

Il n’existe pas encore de traitement pour guérir l’AJI. Cependant, les avancées dans la recherche sur les médicaments permettent à de plus en plus d’enfants de mener une vie normale. Les médicaments récemment développés peuvent réduire la douleur, diminuer et même stopper l’inflammation responsable des dommages articulaires. L’exercice et l’ergothérapie peuvent aider l’enfant à participer aux activités normales et prévenir l’invalidité à long terme.

Une fois le diagnostic établi, l’enfant devrait être référé à une équipe de rhumatologie infantile formée d’un rhumatologue pédiatrique, d’infirmières, d’un physiothérapeute et ergothérapeute pédiatriques et d’un travailleur social. Ces spécialistes collaboreront pour confirmer le diagnostic et à titre d’équipe soignante, mettront au point le meilleur traitement pour l’enfant. De concert avec les parents et l’enfant, ils verront au respect du traitement. Un rhumatologue pédiatrique est un médecin dont la formation a été plus poussée en pédiatrie, puis en rhumatologie infantile.

Les enfants atteints d’AJI doivent consulter d’autres spécialistes en pédiatrie. Par exemple, ils devraient régulièrement consulter un ophtalmologiste (médecin de l’œil) pour détecter tout risque d’uvéite (inflammation de l’œil).

Un plan de traitement complet de l’AJI comprend des médicaments, de l’information, de la physiothérapie, de l’ergothérapie et un régime alimentaire équilibré.

Plusieurs médicaments sont généralement utilisés dans le traitement de l’AJI :

  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont les médicaments ” de première ligne “. Le naproxène (Naprosyn(r)) est le plus fréquemment prescrit, mais d’autres AINS sont également utilisés.
  • Les anti-arthritiques rhumatoïdes modificateurs de la maladie (DMARD) font partie des médicaments de ” deuxième ligne “. Parmi eux, mentionnons l’hydroxychloroquine (Plaquenil(r)), la sulfasalazine (Azulfadine(r)), le leflunomide (Arava) et le plus fréquent, la méthotrexate (Rheumatrex(r)). Les DMARD agissent réellement dans la réduction et même l’arrêt de l’inflammation, stoppant par le fait même la progression de la maladie. Ils préviennent ainsi les dommages articulaires et les risques d’invalidité. Plusieurs enfants réagissent bien à l’un des différents DMARD ou à plusieurs, en association.
  • Dans certains cas, les DMARD traditionnels seuls ne suffiront pas à stabiliser la maladie. Un modificateur de la réponse biologique (ou ” biologique “) pourrait alors être recommandé. Les ” biologiques ” sont les médicaments les plus puissants utilisés dans le traitement de l’arthrite inflammatoire. L’étanercept (Enbrel) et l’infliximab (Remicaide) font partie de cette classe. L’utilisation de ” biologiques ” plus récents dans le traitement de l’AJI est actuellement à l’étude. Les ” biologiques ” sont souvent administrés en association avec les DMARD traditionnels.

Plusieurs parents indiquent que l’administration des médicaments à leur enfant atteint d’AJI représente la partie la plus difficile de l’adaptation à la maladie. De là l’importance de l’information dans le plan de traitement de l’AJI. Comme pour plusieurs formes d’arthrite inflammatoire, un traitement précoce et agressif est vital pour un bon pronostic. Des parents bien informés sont plus susceptibles de participer efficacement à l’élaboration d’un plan de traitement bien équilibré. Les enfants traités rapidement et efficacement ont de meilleures chances de se rétablir totalement. L’équipe de rhumatologie infantile, particulièrement l’infirmière, est d’un grand soutien pour les parents dans leur apprentissage des meilleures façons d’aider leur enfant.

Le physiothérapeute et l’ergothérapeute, des membres importants de l’équipe et du plan de traitement, travailleront à regagner l’amplitude de mouvement maximale de chaque articulation. Ils proposeront des techniques de soulagement de la douleur et des postures antalgiques, si nécessaire. Une fois la maladie stabilisée, ils pourront établir une routine d’exercice.

Élément clé d’un plan de traitement pour l’AJI, les routines d’exercice doivent être soigneusement équilibrées et comporter des pauses. L’exercice contribue à maintenir la force et la souplesse des articulations et les pauses, à les relaxer. Les enfants atteints d’AJI doivent être encouragés à continuer leurs activités normales, comme le sport et l’éducation physique, au meilleur de leur capacité. Plusieurs enfants atteints d’AJI sont devenus des athlètes exceptionnels !

Il faut donc encourager les enfants et adolescents atteints d’AJI à reprendre leurs activités physiques régulières dès qu’ils en sont capables. Autant que possible, ils devraient maintenir leur participation aux activités normales pour un enfant, comme aller à l’école par exemple. Il est plutôt rare que l’AJI soit la cause d’absentéisme scolaire chez un enfant ou un ado atteint.

Pour les enfants atteints d’AJI, le pronostic s’est considérablement amélioré depuis quelques années, particulièrement lorsque la maladie est détectée et traitée efficacement au premier stade. Cependant, et en dépit de ces avancées, la plupart des enfants atteints d’AJI souffriront d’une forme ou d’une autre d’arthrite pendant leur vie adulte.