Nouveaux médicaments émergents

Dr. Kam Shojania

Dr. Kam Shojania

Parce que deux personnes atteintes d’une forme inflammatoire (auto-immune) d’arthrite ne répondent pas de la même façon à un même médicament—et plusieurs n’y répondent pas suffisamment bien ou même pas du tout—il existe un besoin évident de disposer d’un plus grand choix de médicaments pour traiter ce groupe de maladies graves.

La bonne nouvelle est que la recherche orientée vers de nouveaux médicaments se poursuit toujours. Nous traiterons ici de deux médicaments « à petites molécules » non encore disponibles sur le marché et qui fonctionnent d’une façon tout à fait nouvelle, et d’un médicament biologique qui vient juste d’être approuvé par Santé Canada. Afin de nous permettre d’avoir une meilleure compréhension de ces médicaments, nouveaux et à venir, nous en avons parlé avec le Dr Kam Shojania, chercheur scientifique du centre Arthrite-recherche Canada et président du comité consultatif du comité ACE.

Le citrate de tofacitinib (Xeljanz®) appartient à la classe des inhibiteurs de Janus kinases. Comme l’explique le Dr Shojania, le médicament cible spécifiquement le JAK1 et le JAK3, des membres de la famille des Janus kinases (enzymes), et s’applique à perturber le processus inflammatoire de la polyarthrite rhumatoïde qui entraîne les dommages articulaires.

Cet antirhumatismal modificateur de la maladie (ARMM) n’est pas un médicament biologique qui agit en ciblant l’inflammation à l’extérieur des cellules. Il prévient plutôt le déclenchement de la réponse immunitaire contre l’inflammation de l’intérieur des cellules.

Dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, le citrate de tofacitinib est administré deux fois par jour sous forme de comprimé. L’efficacité du produit dans le traitement du psoriasis et d’autres formes d’arthrite auto-immune est actuellement testée.

La FDA, l’organisme de contrôle des aliments et médicaments aux États-Unis, a approuvé le médicament en novembre 2012, contrairement à l’Agence européenne des médicaments qui, ayant des doutes quand à l’innocuité du médicament, n’a pas donné son approbation. Le produit est actuellement à l’étude par Santé Canada.

Il importe cependant de souligner que le taux d’infection lié au citrate de tofacitinib est similaire à celui des autres biologiques utilisés dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Dans une étude de comparaison entre le citrate de tofacitinib et l’adalimumab (un médicament biologique), une efficacité similaire a été démontrée.

L’apremilast (Otezla®) est un autre composé oral à petite molécule, administrable en comprimé, à raison de deux comprimés deux fois par jour. Il a été prouvé dans plusieurs essais cliniques de phase III qu’il réduit les signes et symptômes de l’arthrite psoriasique alors que les essais cliniques de phase II ont démontré son efficacité dans le traitement de l’enthésite et la dactylite, associées aux spondylarthropathies. Le Dr Shojania a expliqué que le médicament agit en inhibant l’action de la phosphodiestérase de type 4 (PDE4). La PDE4 est une enzyme que l’on retrouve dans les cellules immunitaires.

En plus de l’arthrite psoriasique, des études préliminaires (de phase II) de l’apremilast dans le traitement de la maladie de Behçet s’annoncent prometteuses. Le Dr Shojania décrit la maladie de Behçet comme une « maladie orpheline » présentant des symptômes graves dont des ulcères bucaux et vaginaux ou des ulcères du scrotum, de douloureuses éruptions cutanées, le gonflement des articulations, de l’inflammation cérébrale, une inflammation oculaire et la dilatation des vaisseaux sanguins (anévrisme).

En 2013, le fabricant du médicament a déposé une demande d’approbation pour l’apremilast dans le traitement de l’arthrite psoriasique auprès de la FDA, l’organisme de contrôle des aliments et médicaments aux États-Unis. Une décision est attendue en mars de cette année. Généralement, après l’obtention de l’approbation d’un médicament par la FDA, les compagnies pharmaceutiques déposent une demande d’approbation auprès de Santé Canada.

L’ustekinumab (Stelara®) est un médicament biologique et un anticorps monoclonal. (Le Dr Shojania nous apprend un truc pour savoir si un médicament est un anticorps : le nom se termine par « mab ».) Il agit en ciblant l’interleukine 12 (IL-12) et 23 (IL-23), deux protéines dont on soupçonne l’implication dans l’arthrite psoriasique.

Après deux injections sous-cutanées à la semaine 0 et 4 du traitement, le médicament est ensuite administré toutes les 12 semaines dans le traitement de l’arthrite psoriasique. Le Dr Shojania met l’accent sur le côté pratique du traitement qui comporte la prise du médicament une fois par trois mois.

L’ustekinumab a été approuvé au Canada depuis plusieurs années dans le traitement du psoriasis. En septembre 2013, la FDA américaine a approuvé son utilisation dans le traitement de l’arthrite psoriasique évolutive. Le médicament a récemment été approuvé par Santé Canada (janvier 2014) pour utilisation seule ou en association avec la méthotrexate dans le traitement de l’arthrite psoriasique chronique, de modérée à sévère, chez les adultes.

Une étude présentée dans le cadre de la conférence de l’American College of Rhumatology en automne dernier offrait un pronostic tout aussi prometteur pour l’utilisation de l’ustekinumab dans le traitement de la spondylarthrite ankylosante.

À la question : « Si ces médicaments sont approuvés par Santé Canada, aura-t-on suffisamment de médicaments maintenant, avec ceux actuellement disponibles, pour le traitement de l’arthrite ou la recherche devra-t-elle quand même se poursuivre en ce domaine ? », le Dr Shojania a répondu : « Les options dont nous disposons maintenant sont bien meilleures qu’il y a 20 ans. Cependant, la situation est loin d’être idéale. Nos médicaments actuels ont des effets secondaires, ils n’agissent pas chez certains patients et sont dispendieux. De plus, ils ne guérissent pas l’arthrite. Lorsque le patient entre dans le bureau de son médecin, il désire guérir de sa maladie, une fois pour toute. La guérison, c’est donc là le but ultime que l’on devrait viser. »